fév 112015
 

herbeAprès avoir lu l’article « Pour Le Foll, élevage et climat ne sont pas liés » paru ce mercredi 10 février 2015 dans le Figaro, j’ai voulu faire une analyse des déclarations du ministre de l’agriculture Stéphane Le Foll pour savoir comment il avait pu en arriver à cette conclusion plutôt surprenante.

Première citation :
« Notre ligne est claire: il y a un équilibre nécessaire pour l’agriculture, la polyculture élevage en fait partie historiquement »
Qu’est-ce que l’histoire vient faire ici ? La question qui se pose ici c’est l’avenir, d’autant plus que l’agriculture d’il y a un siècle n’a pas grand chose de commun avec celle pratiquée aujourd’hui. Qu’il faille trouver un équilibre dans l’agriculture, c’est une évidence, mais que l’élevage soit « indispensable » pour y arriver, cela n’est pas aussi certain.

Seconde citation :
« En admettant qu’il suffirait de diminuer le cheptel bovin pour réduire une partie des émissions de gaz à effet de serre, qu’est-ce qu’on fait des prairies? »
En fait, il n’est question ici que de l’élevage bovin, qui comptait 13,7 millions de têtes en 2012, c’est-à-dire loin des 205 millions de volailles et 19 millions de porcs que compte la France, pour ne citer qu’eux. Les élevages bovins sont les plus gros consommateurs de ressources (eau, céréales, soja) par animaux, quand ils ne sont pas nourris exclusivement d’herbe qui est leur alimentation naturelle, il est toujours bon de le rappeler. Reste à savoir combien de bovins sont nourris exclusivement à l’herbe tout au long de leur vie, sachant que l’évolution du prix des céréales a un impact sur la production de viande bovine, comme le dit clairement des rapports officiels disponible sur le site du ministère de l’agriculture. (les liens sont disponibles à la fin de cet article)

Il faut savoir que les calculs des émissions de gaz à effet de serre pour les élevages ne prennent pas en compte le méthane, gaz qui est 23 fois plus puissant que le CO2 bien qu’ayant une durée de vie dans l’atmosphère inférieur. Et si on refaisait les calculs en tenant compte du méthane, quels seraient les résultats ?

La question de l’élevage ne se limite pas aux élevages bovins pour la viande, où les animaux seraient nourris exclusivement à l’herbe toute leur vie, cela existe-t-il réellement d’ailleurs, rien n’est moins sûr.

En ce qui concerne les prairies en France, on en comptait 12.742.000 hectares (chiffre en baisse) en 2013, dont 9.371.000 hectares « toujours en herbe » sur une surface agricole totale de 32.000.000 hectares.

Du côté des bovins, en 2010, on comptait 60.000 exploitations de bovins pour la viande et 50.000 exploitations pour le lait. 37% des surfaces des exploitations laitières sont toujours en herbe et 6% des vaches laitières en France ne sortent jamais. Pour les élevages, la tendance est à la diminution du nombre d’exploitation et à l’intensification.

Troisième citation :
« On a besoin d’élevage. D’abord parce que la polyculture élevage est absolument nécessaire à la matière organique des sols. Dire qu’on se priverait d’élevage pour régler un problème, ce serait en poser d’autres »
Cette remarque sous-entendrait-elle qu’il aurai sérieusement envisagé la fermeture immédiate et totale de tous les élevages de France ? Cela parait quand même assez peu probable, cela ressemble plus à une tournure de rhétorique, où l’on commence par affirmer une position, pour la justifier ensuite. Il présente les choses comme s’il n’y avait que deux choix possibles, soit on a des élevages, soit on n’en a pas. Un peu binaire comme vision. Place-t-il, par exemple, sur le même plan un élevage bovin extensif où les animaux sont à l’extérieur se nourrissant d’herbe dans les près et une exploitation telle que les « 1000 vaches »?
Parle-t-il uniquement des élevages de ruminants ou de tous les élevages cette fois ?
Pour le moment, ce sont plutôt les quantités excessives de nitrate produites pas les élevages qui posent problèmes au niveau environnemental, notamment par la pollution des eaux et la question des algues vertes.

On voit clairement un lien entre les propos du ministre de l’agriculture et ceux du président de la FNSEA dans l’article paru sur Terre-net. Pour rendre l’agriculture plus performante, écologique et compétitive, le président de la FNSEA, Xavier Beulin, n’exclut pas la possibilité de recourir aux OGM. Pas d’agriculture moderne sans élevage, car les bovins seraient indispensables au système. Mais déjà l’élevage ne se limite pas aux bovins et que dire des élevages industrielles type les « 1000 vaches », les « 1000 veaux » ou les « 250.000 poules ». Est-ce cela l’avenir pour cette agriculture plus performante et compétitive ? Et est-elle plus écologique ? Est-ce vers cela que le ministre de l’agriculture souhaiterait amener l’agriculture en France ?

A quelques jours du « Forum International, Agriculture et Changement Climatique » qui se déroulera le 20 février à Paris, la veille de l’ouverture du salon de l’agriculture. Cela illustre malheureusement bien l’attitude du gouvernement vis-à-vis de l’environnement.

sources :

Voici une sélection de quelques livres pour approfondir la question

« Bidoche »
Fabrice Nicolino
« Le livre noir de l’agriculture »
Isabelle Saporta
 Posted by at 22 h 55 min

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