oct 222014
 

lapin-prairieSi vous regardez la télévision, vous n’avez pas pu passer à côté de cette publicité sur la viande de lapin qui a pour slogan « le lapin, il a beaucoup changé ! » (vidéo disponible ici). Celle-ci vante le fait qu’aujourd’hui on peut trouver en magasin de la viande de lapin prédécoupé en barquette, ce qui la rend plus pratique. Parallèlement, l’association L214 mène un campagne d’information sur les conditions d’élevage de ces mêmes lapins avec le soutien de Matthieu Ricard (vidéo à voir ici).
Je vous propose de faire un rapide tour d’horizon de l’élevage des lapins en France et sur ses projets, pour finir par le point de vue des associations de défense animale.

Point sur l’élevage de lapins en France

Au sujet de l’évolution de la filière cunicole française (et non pas la filière « lapine » comme on pourrait le croire), il faut savoir que celle-ci s’est énormément professionnalisée et rationalisée depuis les années 80. C’est-à-dire que la zootechnie s’y est imposée comme dans l’élevage des poulets, des porcs, des bovins, … A grand renfort de sélections génétiques, d’inséminations artificielles (95 % des élevages en 2010 y ont recours selon le CLIPP), d’emploi massif de médicaments, de la standardisation des cages, de l’environnement, de la nourriture et de tous les calculs de rentabilité qui vont avec. En zootechnie, les animaux dans les élevages ne sont pas considérés comme des êtres vivants (et encore moins doués de sensibilité), mais bien comme des machines à produire qui doivent être aussi rentables que possible (chaque lapine est inséminée tous les 42 jours et des articles professionnels parlent de lapines qui pourraient l’être tous les 35 jours). La première conséquence de ce changement, c’est la diminution du nombre d’élevages, les moins rentables étant éliminés, et l’augmentation du nombre de femelles dans les élevages restants.

Les même causes ont les mêmes effets sur les conditions de vie des animaux que dans les autres élevages intensifs avec une surface disponible par individu très réduite, sol des cages grillagées pour faciliter le nettoyage, mais qui les rendent très inconfortable et cause de blessures, multiplication des maladies à cause de la densité d’animaux, stress et ennuie qui provoquent des comportements agressifs entre les individus et la liste n’est pas exhaustive.

Maintenant que la filière cunicole a rattrapé son retard technique sur les autres filières de production de viande, elle cherche à augmenter les ventes de ses « produits ».

La filière cunicole veut changer son image

viande de lapinDans son rapport de septembre 2011, les professionnels de la production de lapins ont constaté que les jeunes boudaient leurs « produits ». Les explications évoquées étant le prix, le manque de connaissance sur les façons de le préparer ou l’image trop familière et sympathique du lapin. Le but des éleveurs étant de vendre, ils doivent donc trouver un moyen pour que les consommateurs mettent leurs barquettes de lapin dans leur caddie. Voici un extrait de ce qu’ils en disent dans ce fameux rapport.

p.111 : « La conquête de nouveaux consommateurs pourrait être traitée comme une problématique de communication, avec l’objectif de rajeunir l’image de la viande de lapin. Mais ce serait une démarche réductrice et vouée à peu de succès que de limiter les efforts à la communication. Le développement d’une gamme de produits transformés ou semi-transformés, faciles et rapides à préparer, bénéficiant d’une bonne image nutritionnelle apparaît comme un impératif pour séduire les urbains actifs et les consommateurs plus jeunes.  »

p.93 : « Les voies explorées en matière de seconde transformation incluent les émincés nature ou marinés, les précuits, les viandes hachées et les viandes séparées mécaniquement (VSM) destinées à l’industrie charcutière. Ces produits de seconde transformation facilitent la consommation de lapin par les enfants en augmentant la distanciation avec l’animal. « 

Ce qui va tout à fait dans le sens des propos de Geneviève CAZES-VALETTE dans « Le rapport à la viande chez le mangeur français contemporain »

p.36 : « Outre ces apports, le fait le plus marquant est sans doute le paradoxe entre une sensibilité souvent affirmée à la mort donnée aux animaux et une absence totale de végétariens parmi les locuteurs.
Le statut traditionnel et nutritionnel de la viande est donc solide et ne semble pas menacé à court terme. Cependant, il faut garder en tête cette sensibilité lors d’éventuelles campagnes de communication et éviter autant que faire se peut toute allusion aux animaux vivants, les qualités nutritionnelles des viandes étant des arguments nettement moins délicats à transmettre, lorsqu’elles sont avérées, bien entendu. »

Certains pourraient voir une forme de manipulation dans le fait d’essayer d’occulter le lien entre viande et animal mort dans l’esprit des gens, même si on sait tous (enfin j’espère) que la viande ne pousse pas dans les arbres. Il est néanmoins vrai que, comme dans n’importe quelle publicité, il faut donner une image positive et attractive de ce que l’on cherche à vendre pour donner envie aux personnes qui la voient d’acheter, c’est le but. Dans le cas qui nous intéresse, nous montrer un lapin bien vivant ne donnera pas forcément envie à la plupart des spectateurs de le mettre dans la casserole pour le dîner.

Des associations dénoncent les conditions d’élevage des lapins

Le problème n’est pas tant de jouer sur les mots et les images dans les spots de pub que de chercher
à cacher les conditions dans lesquels les animaux naissent, vivent et meurent pour arriver dans les assiettes des consommateurs. C’est bien le manque d’informations et les conditions d’élevage que dénonce L214 ou encore CIWF.

Dans un contexte où les français se disent à 90 % contre l’élevage intensif en bâtiment fermé (sondage OpinionWay réalisé les 20 et 21 février 2013 pour L214), comment leur faire avaler du lapin qui provient à 99 % d’élevage intensif ? Peut-être en tentant de les garder dans l’ignorance des conditions d’élevage des animaux que l’on voudrait leur faire manger. Comment pourrait-on être déranger par ce que l’on ignore ? Ces questions sont d’ailleurs valables pour les autres filières alimentaires et même non alimentaire.

Entre producteurs de viande et associations de protection animale, les intérêts sont opposés, je ne vous apprends rien. Les producteurs accusent les associations de dramatiser volontairement la situation pour choquer le public, ce qui aurai pour conséquence une baisse des ventes. Les associations de défenses des animaux accusent les éleveurs de dissimuler les conditions d’élevage et de minimiser les souffrances infligées directement ou du fait de la concentration des animaux dans un espace trop étroit et mal adapté.

Les lapins ne sont pas des machines et nous non plus

Chacun de nos actes à des conséquences qui peuvent être positives ou négatives ou mêmes les deux à la fois. Faut-il cautionner les élevages intensifs de lapins en achetant la viande qu’ils produisent ? Faut-il faire pression pour qu’ils changent leurs pratiques ? Ou faut-il interdire les élevages de lapin de chaire ? Le choix est entre vos mains, mais n’oubliez pas que ce choix aura des conséquences sur des êtres vivants qui eux n’ont aucun choix.

lapins en cage

Sources et liens

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